Édito

2020, année pandémique

2020, année pandémique
Exposition du photographe suisse René Burri au Musée de la photographie de l' Elysée à Lausanne. KEYSTONE/Laurent Gillieron
2020

L’an passé, à la même date, nous sortions d’une année plutôt faste et enthousiasmante. Entre la grève féministe, les manifestations climatiques ou la mobilisation contre l’injustice fiscale en France, le mouvement social avait redressé la tête. Et avait réinscrit à l’agenda social l’idée d’une d’un monde moins injuste. Bref, le ton était à l’optimisme et au volontarisme.

Une année plus tard, c’est K.O. debout que nous tirons la prise de cette cuvée 2020. Le Covid est passé par là. Nous sommes confinés, puis reconfinés, nous avons télétravaillé, nos anciens ont payé un lourd tribut à l’épidémie, nos jeunes ont cherché leurs marques et le monde moderne qui ne leur fait guère de cadeau ne les a pas épargnés.

Cette période a été celle qui a vu une certaine vision autoritaire tenter d’imposer par en haut des solutions toutes faites, voire liberticides. Qui n’a guère manifesté de soucis pour certaines catégories de travailleuses et de travailleurs au profit des grosses entités économiques. Cela a aussi provoqué une crise de confiance dans le public. Face aux institutions politiques, mais pas seulement. Les médias n’ont pas été épargnés: 2020, cela a aussi été l’année des rumeurs complotistes, des gourous autoproclamés voire du charlatanisme médical. Dans ce numéro, nous abordons ces questions avec l’arme de l’humour.

>Lire aussi notre édito “Bon éveillon!” et notre dossier spécial “Complots”

Tout l’enjeu va être de remettre la question sociale au centre du débat politique. La crise climatique reste toujours autant d’actualité, les inégalités femmes-hommes ne se sont pas résorbées durant la pandémie. Cette dernière a peut-être prêché par l’exemple. Ce qui paraissait impossible est soudain devenu indispensable. Il a tout de même fallu mettre au ralenti l’économie pour éviter la catastrophe sanitaire. D’autres mesures également qualifiées d’utopiques peuvent gagner en crédibilité. Oui, une autre mobilité est possible. Oui, une société décarbonnée est à portée si on s’en donne les moyens.

En cela, la crise du Covid-19 nous a aussi ouvert des horizons de lutte nouveaux. Les rendez-vous en 2021 ne manqueront pas. A commencer avec nos rapports avec l’Union européenne: le si discutable accord-cadre a été discrètement toiletté durant ces mois de paralysie politique. Nul doute que le chantage à l’emploi et au nécessaire redémarrage de l’économie vont nous être servis pour justifier les aspects les plus anti-sociaux de ce traité. Il n’est pas nécessaire d’en être dupe. Il est temps de rendre à l’esprit critique ses lettres de noblesse. Elles ont trop été mises à mal durant cette année pandémique.

Opinions Édito Philippe Bach 2020

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