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Port du masque imposé en entreprise

Paris rend le masque obligatoire notamment dans les open spaces, très propices à la diffusion du virus.
Port du masque imposé en entreprise
Certaines entreprises avaient déjà imposé le port du masque à leurs employés, comme ici l'usine Toyota à Onnaing, près de Valenciennes. KEYSTONE
France

Est-ce le signe que la reprise de la vigueur de l’épidémie est un sujet de grave inquiétude pour le gouvernement? Toujours est-il que ce dernier a pris ces derniers jours un certain nombre de mesures afin de renforcer les contrôles, et de responsabiliser davantage les citoyens, face au risque d’une seconde vague épidémique à la rentrée de septembre. Parmi ces mesures figure logiquement un certain nombre concernant le travail, alors que les Français entament cette semaine le rituel processus de retour de vacances.

Les open spaces sont considérés comme de véritables nids à virus

Ainsi le gouvernement a-t-il annoncé hier une mesure forte: l’obligation de porter le masque dans les entreprises, y compris dans les open spaces. Jusque-là, le port du masque était simplement recommandé, mais pas forcément obligatoire partout et tout le temps, à condition que la contrainte de distanciation sociale – un mètre entre chaque personne – soit respectée. Le port du masque sera donc systématisé dans les «salles de réunion, couloirs, vestiaires, open spaces», a annoncé l’exécutif, après une rencontre par visioconférence de deux heures avec les syndicats et le patronat.

24% des clusters

L’action du gouvernement répond à un problème bien réel: les entreprises sont en effet extrêmement concernées par la diffusion du virus, puisque 24% des clusters, ces fameux foyers de contamination, s’y trouvent. Les autorités ont aussi constaté que les règles sanitaires, globalement respectées dans les autres lieux clos – les transports notamment –, l’étaient parfois moins dans les entreprises, où parfois l’urgence de la tâche à accomplir fait oublier les gestes indispensables pour éviter la transmission du virus. En particulier, les open spaces sont considérés par les autorités sanitaires comme de véritables nids à virus: les salariés y sont souvent proches les uns des autres, y consomment leur déjeuner ou leur café lorsqu’ils ont peu de temps. Des systèmes de climatisation s’y trouvent généralement, considérés par certains comme propices au développement des microbes. Certains salariés échangent même leurs bureaux dans ces espaces où l’aération n’est par ailleurs pas toujours optimale.

Qui contrôlera?

Autre sujet de préoccupation dans les entreprises: les «particules fines», ces fameuses gouttelettes en suspension dans l’air, et qui peuvent également être porteuses du virus. Aux yeux des autorités sanitaires, cette problématique est elle aussi insuffisamment prise en compte dans les entreprises.

Une question taraude cependant les entreprises: y aura-t-il des contrôles systématiques mis en place? Par qui? Les entreprises, plutôt favorables a priori au dispositif, s’inquiètent cependant de toute mesure susceptible d’augmenter leurs coûts, alors que la reprise est encore loin d’être au rendez-vous, dans un pays qui devrait connaître en 2020 une récession historique de près de 10%. Les entrepreneurs souhaitent que le gouvernement prenne en charge le plus possible des surcoûts liés aux réglementations sanitaires, et notamment celui de l’achat massif de masques.

Pas assez de télétravail

Du côté des syndicats, on se dit également «pas opposé» à la mesure, à condition que les masques utilisés soient de bonne qualité. Pour les représentants des salariés, la question la plus centrale est cependant ailleurs: il s’agit de celle du télétravail, pas encore suffisamment généralisé à leurs yeux dans les entreprises. «On permet aux salariés de télétravailler, mais on ne leur facilite pas suffisamment la tâche, témoigne le salarié d’une grande entreprise de transports. On fait même comprendre à certains, de manière détournée, que la progression de carrière implique une présence physique dans l’entreprise: c’est irresponsable!»

Autant de débats qui témoignent que, dans l’Hexagone, l’optimisme du mois de juin – lorsque beaucoup pensaient le virus en voie de disparition – est bien loin: le nombre de contaminations est en hausse sensible, et certains infectiologues se disent désormais persuadés du caractère inéluctable d’une seconde vague. Le gouvernement est contraint de multiplier les mesures, pour éviter un nouveau confinement qui serait forcément très mal vécu par la population. Et ce à un moment où le mouvement antimasques fait entendre sa voix de plus en plus fortement, notamment sur les réseaux sociaux.

En Suisse, cette mesure est l’affaire des cantons

L’obligation du masque sur le lieu de travail en Suisse? Pour l’heure, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) n’y songe pas, faute de base scientifique pour se prononcer, même s’il a été rendu obligatoire dans les transports publics. «Comme c’est le cas depuis le début de l’épidémie, les mesures sont évaluées et réévaluées en fonction des connaissances scientifiques, des recommandations internationales et de la situation épidémiologique», explique un porte-parole. «Les cantons ont, par ailleurs, la possibilité d’introduire des mesures sur leur territoire.»

Aux cantons de se débrouiller en quelque sorte. Ainsi, le port du masque est obligatoire dans les commerces genevois depuis le 28 juillet et dans les restaurants – sauf lorsque l’on est assis – depuis le 31 juillet 2020. Vaud et Jura ont aussi introduit des obligations dans les commerces.

De son côté, la Fédération des entreprises romandes (FER, association faîtière patronale) estime qu’on en fait déjà assez. Les entreprises suisses n’ont pas attendu le mois d’août pour prendre des mesures de précaution sanitaires. «Depuis ce printemps, elles ont eu le temps de prendre les mesures nécessaires, explique Véronique Kämpfen, porte-parole. Toutes celle qui ont pu le faire ont mis en place du télétravail et le maintiennent dans une très large mesure pour éviter l’afflux des collaborateurs sur la place de travail.»

Dans les pièces de grande superficie sans cloisonnement, des investissements ont été consentis pour mettre en place des séparateurs entre les bureaux, souvent sous forme de plexiglas, là où les distances de sécurité sanitaires ne peuvent être garanties. Quant au port du masque, la FER rappelle qu’il reste recommandé là où le maintien de la distance ne peut être assuré, par exemple dans les ascenseurs ou dans les cafétérias d’entreprise. Pierre-André Sieber

 

Cet article est paru dans La Liberté.

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