Suisse

«Près de 80% des maisons détruites»

L’adjudant Alec Rouiller a participé à l’évaluation des dégâts de la double explosion du 4 août à Beyrouth.
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Combinaison orange, casque sur la tête et masque FFP3 sur le visage. Ce dernier protège tant des poussières d'amiante et autres substances toxiques que du Covid-19. ALEX KÜHNI
Beyrouth

«Les habitants et les bâtiments de Beyrouth portaient comme les stigmates d’un conflit.» De retour d’une mission de cinq jours dans la capitale libanaise, Alec Rouiller (40 ans) est encore frappé par les ravages de la terrible catastrophe provoquée par l’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, qui a presque tout soufflé sur son passage dans un rayon de plusieurs kilomètres mardi 4 août peu après 18 heures.

De grandes sections du port et ses infrastructures ont volé en éclats. Plusieurs quartiers résidentiels et quatre grands hôpitaux ont subi des dommages irréversibles. Selon une expertise de la Fédération libanaise des ingénieurs et architectes, environ 40’000 bâtiments comprenant 200’000 logements ont été touchés à des degrés divers.

Militaires, ingénieurs et architectes

Intégré dans l’aide en cas de catastrophe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Alec Rouiller, adjudant d’état-major incorporé dans les troupes de sauvetage, a participé à l’évaluation de la statique des habitations dans les quartiers est et sud de Beyrouth. Au sein d’un détachement de dix personnes composé de militaires de carrière, d’ingénieurs et d’architectes, il a arpenté durant de longues heures les rues dévastées.

Ce Fribourgeois, qui réside à Hauteville, a inspecté les bâtiments du quartier de la Quarantaine, à l’est des lieux du drame, où l’hôpital du même nom, qui accueille des réfugiés syriens, a été rayé de la carte. L’équipe de sauvetage d’Alec Rouiller a été aussi active dans la zone sud, où se trouve le siège administratif d’Electricité du Liban, complètement ravagé par l’explosion. Ce centre contrôle 90% de l’approvisionnement en électricité du pays.

Masque obligatoire

Un travail toujours effectué en combinaison de protection orange, avec casque sur la tête et masque FFP3 sur le visage, par près de 40 degrés, en raison des poussières d’amiante et autres substances toxiques se trouvant dans l’air, mais aussi à cause du Covid-19.

«Près de 80% des maisons détruites»

© Alex Kühni/Corps suisse d’aide humanitaire

 

«Sur la cinquantaine de bâtiments que nous avons inspectés dans un rayon de 500 mètres à partir du lieu de la double explosion, environ 80% ont été mis hors d’usage, explique-t-il. Souvent, des parties portantes des édifices ont été volatilisées par l’effet de souffle et sont donc instables. Au sein de notre équipe, la seconde du DFAE à arriver sur place, nous devions rédiger des constats d’habitabilité. Une équipe de la Municipalité de Beyrouth qui effectuait aussi ce travail recevait copie de nos rapports.» Et c’est cette autorité «qui prenait ensuite les choses en main pour les éventuels travaux».

Eclats de verre partout

Parmi les édifices durement touchés, l’ambassade de Suisse et les appartements de l’ambassadrice Monika Schmutz. Elle-même blessée, celle-ci a raconté comment elle a dû marcher sur les éclats de vitres brisées et éviter les flaques de sang pour se rendre à l’hôpital. «Ce qui frappe, ce sont vraiment ces éclats de verre provenant de près de 20’000 maisons et immeubles dont les vitres ont été volatilisées», décrit Alec Rouiller. «Dans le périmètre touché, il y en a partout. Les murs sont criblés d’impacts. On aurait dit des traces d’obus comme après une rude bataille.»

 «Ce sont des mesures d’urgence rapides, essentielles à toute une population pour l’aider à se relever.» Alec Rouiller

Habitué à évoluer sur le théâtre de sinistres, celui qui a participé à la lutte contre les feux de forêts aux côtés de la protection civile portugaise en 2017 a pu se rendre compte du choc psychologique subi par la population, mais aussi de sa grande solidarité. «Un peu partout, nous avons vu des équipes de volontaires libanais, balai et pelle à la main, prêts à secourir, nettoyer et désencombrer les rues», témoigne le sous-officier. «Les ONG auxquelles ils appartenaient travaillaient ensemble, peu importe le courant religieux dont ils étaient issus.»

Goutte d’eau ou utile?

Utile, l’action de la Suisse, ou goutte d’eau dans un océan de destruction? Le drame a fait des centaines de milliers de sans-abri dans une ville où il fait une température suffocante et où les coupures d’électricité rendent toute reconstruction incertaine, dans un pays rongé par la corruption. «Je pense que la Suisse apporte une contribution importante, notamment à la livraison de matériel médical, à la reconstruction d’hôpitaux et d’écoles, tâches sur lesquelles la Suisse va se concentrer», conclut Alec Rouiller. «Ce sont des mesures d’urgence rapides, essentielles à toute une population pour l’aider à se relever.» LA LIBERTÉ

 

Cet article est paru dans La Liberté.

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