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Imaginons un après humain!

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L’ambiguïté de ce titre est délibérée, car il évoque deux situations différentes. Dans la première, le coronavirus, ou un de ses successeurs, serait un parasite idiot. Mutant trop fort, il éliminerait tous les humains en quelques semaines ou quelques décennies, détruisant son terrain de jeu comme nous détruisons notre écosystème. Après, il reprendrait son job de routine chez des espèces plus résilientes, chauves-souris, pangolins ou ratons-laveurs… La vie repartirait, dans de meilleures conditions, après les agressions humaines, dont elle cicatriserait vite les croûtes, à Tchernobyl ou sur les sols stérilisés par nos agricultures. L’extinction des espèces que nous provoquons serait alors moins grave que certaines des autres qui l’ont précédée. Des êtres survivants opportunistes se diversifieraient en nouvelles espèces, au fil de centaines de millions d’années avant l’extinction du soleil. Un nouvel animal cognitif, parlant et technologique serait alors improbable.

Prenons le second cas où nos ennemis microbiens seraient de «bons» parasites, qui ne détruisent pas leurs ressources mais font taire leur virulence et leur soif de croissance, assurant leur développement durable. Il faudrait d’abord qu’ils maîtrisent notre démographie et notre croissance pour nous empêcher de nous écosuicider. Pour eux, c’est simple: ajuster virulence et transmission pour que la double mortalité, directe et indirecte (par la désorganisation des cycles économiques vitaux), laisse de nous une population résiduelle dispersée, autosuffisante, porteuse comme les chauves-souris et partiellement résistante. Ce qui ferait coup double, en ajustant à la fois les démographies et les économies, des hôtes comme des parasites, selon les modèles mathématiques «proie-prédateur» de Lotka-Volterra. Dans ces modèles, les parasites et leurs hôtes deviennent tour à tour trop nombreux, pour régresser quand le parasite n’a plus assez d’hôte ou bien quand l’hôte sature le territoire parce que le parasite n’en tue pas assez.

Ici le «après» de notre titre devient substantif et non plus préposition. «Humain» devient adjectif alors qu’il était substantif dans la première hypothèse. Nous aurions alors un avenir, un «après» la pandémie, ou plutôt un «avec» le virus, qui nous aurait domestiqués. Comme l’ont depuis longtemps fait les parasites du paludisme et les moustiques qui sévissaient en Bourgogne au néolithique, puis ailleurs jusqu’à nos jours. Les bonnes questions seraient alors de savoir nos impacts possibles sur cette domestication, sur la démographie parasitaire et ce que seraient nos économies futures. Des économies à imaginer si la pandémie balaie le fragile capitalisme financier mondialisé actuel mieux que n’importe quelle révolution!

Bien sûr, nous chercherons à détruire l’ennemi par des médicaments et des vaccins «efficaces», dont il se moquera à long terme. L’exemple du parasite du paludisme, qui recule face à la destruction des moustiques pour prospérer quand ils deviennent résistants et qui mute sans arrêt pour déjouer les candidats vaccins, est éloquent: il ne recule que pour mieux sauter sur nous demain, avec l’aide du réchauffement. Ayant renoncé à exterminer les microbes dangereux et/ou leurs hôtes animaux non indispensables, il nous reste à imaginer comment cohabiter avec.

S’ils détruisent assez de nos semblables, cette catastrophe peut résoudre, au moins temporairement, nos problèmes de croissances démographique et économique irresponsables ou de vieillissement des populations. Ce qu’avaient raté Ebola et quelques fièvres exotiques, mal préparés pour la mondialisation. En cas de réussite d’un parasite mondialisé comme le Covid-19, l’implosion démographique détruira l’économie de surconsommation, qui n’aura plus de bras, peut être au profit, si les survivants sont plus malins que nous, d’économies de survie locales. Il s’agirait alors d’imaginer aux survivants un avenir, un «après», enfin humain… (adjectif!)

* Chroniqueur énervant.

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lundi 8 janvier 2018

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