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La santé est affaire de l’État

Jean-Jacques Maillard s’exprime sur l’initiative du PS pour plafonner les primes de l’assurance-maladie.

S’inspirant de ce qui a déjà été mis en place dans le canton de Vaud, le Parti socialiste a réuni les signatures nécessaires et a déposé son initiative fédérale destinée à plafonner les primes de l’assurance maladie à 10% des revenus des ménages.

Force est de reconnaître qu’il devenait urgent de faire quelque chose sur le plan national pour limiter l’énorme charge que représentent ces primes pour la majorité des ménages. Et, si cette initiative est acceptée, elle apportera un soulagement certain pour les personnes aux revenus modestes, aux familles avec plusieurs enfants et même à une partie de la classe moyenne. Cependant, elle ne changera rien au système en place. Comme jusqu’à présent, les caisses maladie encaisseront les subsides versés par l’Etat, mais pour des montants qui vont prendre l’ascenseur, tout en continuant à pratiquer leur politique peu transparente en matière de coûts et de réserves.

Car il faut bien le constater, en matière de santé, ce sont les caisses maladie qui dictent leur loi aujourd’hui. Il faut que cela change! L’Etat doit reprendre la main. Théoriquement, ce n’est qu’une question de volonté politique, mais les lobbies sont puissants. Donc, au lieu de vouloir tout chambouler, au risque de n’arriver à rien, je pencherais plutôt pour une modification en douceur.

Pour commencer, je proposerais un petit changement de la Lamal: l’autorisation pour les cantons de créer une caisse maladie cantonale, aux mêmes conditions que les mutuelles actuelles. Mais, comme il n’y a aucune raison de verser de l’argent public à des caisses privées dont l’Etat n’a pas le contrôle, les bénéficiaires de subventions devraient obligatoirement s’affilier auprès de cette caisse cantonale pour les toucher.

Par solidarité entre malades et bien-portants, celle-ci devrait travailler en mode «tiers payant» et n’avoir que la catégorie de prime avec franchise à 300 francs. Bien sûr, elle ne proposerait pas d’assurances complémentaires. Dans un premier temps, la prime de la caisse cantonale serait égale à la prime moyenne du canton avant de l’adapter à sa réalité. En ce qui concerne les réserves et en attendant qu’elle constitue les siennes propres, la caisse cantonale aurait recours à l’emprunt. A cette époque étonnante d’intérêts négatifs, il apparaît même qu’on peut obtenir un prêt tout en étant payé…

Avec ces premier pas, l’Etat pourrait se rendre compte des coûts réels de la santé, limiter la circulation de l’argent des subventions, maîtriser les réserves, voire même initier un système de prévention encore inexistant. Je trouve que c’est déjà pas mal, non?

J’entends déjà les rabat-joie et leurs «C’est pas si simple!» Et pourquoi? N’a-t-on pas à Genève un ministre de la Santé, spécialiste des affaires de caisses maladie. Croyez-vous qu’il ne saurait pas mettre ça sur pied? Et si les caisses maladie et leurs laquais aux chambres fédérales manifestent leur opposition, ce ne sera qu’un aveu des gros avantages qu’ils tirent du système actuel. Une raison de plus pour remettre les choses en place, car la santé est affaire de l’Etat.

Jean-Jacques Maillard,
Genève

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