Édito

CDU dans la tourmente

CDU dans la tourmente
Annegret Kramp-Karrenbauer. Keystone
Allemagne

Alors que la tempête Ciara s’abat sur l’Europe, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) allemande subit son propre ouragan. Annegret Kramp-Karrenbauer, la présidente du parti, a annoncé hier qu’elle démissionnerait dans les prochains mois. Dauphine désignée d’Angela Merkel, dont elle partage la ligne centriste, elle a aussi annoncé qu’elle ne briguait pas la succession de la chancelière lors des élections législatives prévues au plus tard fin 2021.

Celle qu’on surnomme AKK est critiquée pour n’avoir pas su prévenir l’alliance nouée en Thuringe entre des élus de la CDU et l’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Elu la semaine dernière grâce à ce rapprochement qualifié d’«impardonnable» par Angela Merkel, Thomas Kemmerich, issu du parti libéral FDP, a finalement jeté l’éponge. Mais le mal est fait: le tabou d’une élection gagnée à droite grâce à un rapprochement avec l’extrême droite, totalement inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, a été brisé.

Au sein du parti conservateur CDU, la polémique relancera les batailles internes entre tenants de la ligne centriste et partisans d’une attitude nettement plus droitière. Notamment incarnée par Friedrich Merz, cette frange veut reconquérir les voix perdues à l’AfD, jeune parti qui multiplie les postures «anti» – étrangers, élites, système, Union européenne, euro… On se souvient qu’en décembre 2018, Merz avait raté de peu la présidence du parti face à Annegret Kramp-Karrenbauer.

S’il reste pour l’instant hypothétique, un virage à droite de la CDU, autour d’un discours dur sur les migrants et potentiellement pronucléaire, rendrait intenable l’actuelle coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates du SPD – et signifierait la fin de l’ère Merkel, avant même l’échéance de 2021. En vue d’élections législatives anticipées, l’entier de l’échiquier politique devrait donc se repositionner et repenser ses alliances, qui se noueront hors du centre. Dans une perspective progressiste et écologiste, ce ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle. A droite, par contre, on peut craindre le pire.

Opinions International Édito Samuel Schellenberg Allemagne

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