Édito

Le moment Sanders

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Depuis quelques jours, le candidat démocrate à la présidentielle Bernie Sanders domine les intentions de vote. KEYSTONE
Présidentielle américaine

Et s’il était le seul à pouvoir renverser Trump? Bernie Sanders, 78 ans, les artères fragiles, détesté par la plupart des démocrates, une étiquette assumée de socialiste – infamante pour beaucoup d’Etasuniens –, affronte la primaire du parti à l’âne, dès ce soir lors des caucus de l’Iowa, dans la peau du challenger qui monte. Quatre mois après son accident cardiaque, le sénateur du Vermont apparaît comme le principal adversaire de Joe Biden, 77 ans, pour l’investiture d’un parti en proie au doute.

Quinze mois après avoir écrasé les républicains lors des midterm, les démocrates ont perdu de leur superbe. Mille fois pronostiqué, l’effondrement économique promis au disruptif protectionniste Donald Trump n’est pas (encore) advenu, et les pythies néolibérales du camp démocrate en sont logiquement désarçonnées. Surtout que le président sortant ne manquera pas de se vanter d’avoir fait plier Chinois et Canadiens. Et les Européens, sur Cuba et l’Iran.

Trop longtemps obnubilés par un impeachment impossible, les démocrates ont plus brillé ces dernières années par leurs critiques de l’erratique chef de l’Etat que par leur capacité à proposer autre chose qu’un «retour à la normale». Une perspective presque aussi exaltante que leur candidat putatif, le gaffeur patenté et ersatz des années Obama, Joe Biden.

Dans ce panorama, bonne part de l’establishment démocrate (dirigeants et élus du parti, médias et contributeurs) voit avec inquiétude les idées de Bernie Sanders – salaire minimum à 15 dollars, Sécu, abolition des dettes étudiantes, Green New Deal – s’ancrer dans l’opinion. Face au creusement de la fracture sociale (jeunes/vieux, rentiers/précaires, légaux/illégaux, etc.) que les politiques de Trump ont accéléré, les réponses les plus radicales ont le vent en poupe. Le sentiment est vif, à juste titre, chez nombre d’Etasuniens, que les défis – sociaux, environnementaux et internationaux – nécessitent aujourd’hui un virage politique affirmé.

On comprend dès lors mieux pourquoi Bernie Sanders domine les récoltes de fonds parmi les candidats démocrates, alors même qu’il ne peut guère s’appuyer sur le secteur privé. Porté par un enthousiasme militant similaire à 2016, mais avec une équipe mieux rodée, le vieux socialiste est capable de mobiliser la jeunesse et de toucher cet électorat populaire ayant manqué à Hillary Clinton dans les Swing States – ces quelques Etats hésitants qui feront l’élection en novembre prochain. N’en déplaise aux pseudos «réalistes», la voie du centre n’est pas toujours la plus adéquate. Ou alors, demandez à Donald Trump!

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