Genève

Le savoir au secours de la planète

Le Collectif Internation, mené par le philosophe Bernard Stiegler, appelle la Genève internationale à repenser la lutte contre le changement climatique.
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Le savoir au secours de la planète
Le collectif souhaite voir essaimer des «territoires- laboratoires», sous l’égide des Nations Unies, qui communiqueraient entre eux non pas par le commerce mais par les savoirs. KEYSTONE
Climat

Le jour n’est pas choisi par hasard. Ce vendredi 10 janvier consacre le centenaire de la Société des nations. Une date symbolique pour le Collectif Internation, qui appelle de ses vœux l’avènement d’un nouveau réseau interétatique susceptible de répondre au défi climatique. Accueilli par le Club suisse de la presse, le groupe de scientifiques dévoile un programme mêlant recherche théorique et expérimentation territoriale, aboutissement de dix-huit mois de réflexion.

Aux côtés des chercheurs, deux jeunes activistes membres des mouvements Youth for Climate et Extinction Rebellion. Tous deux représentent l’Association des amis de la génération Thunberg, qui se veut le trait d’union entre les mouvements de la jeunesse et les réflexions du monde académique.

Revaloriser le savoir

Le Collectif Internation est un groupe scientifique transdisciplinaire composé d’une soixantaine de membres et fondé à l’initiative de Bernard Stiegler, philosophe et président de l’Institut de recherche et d’innovation de Paris. Chercheurs de tous bords – biologiste, économistes, anthropologues… – et acteurs du secteur privé ont travaillé de concert, en réaction aux prédictions alarmantes des derniers rapports du GIEC.

«Si les Etats et les grandes entreprises ne font rien, ce n’est pas seulement parce que c’est contre leurs intérêts à court terme, mais aussi et surtout parce qu’ils ne savent pas comment faire autrement», postule Bernard Stiegler. D’où la nécessité de travailler à un renouvellement du savoir susceptible de faire éclore de nouvelles solutions pour lutter contre «la crise de l’entropocène», cette menace d’effondrement général. «Si l’on ne parvient pas à créer de nouveaux modèles, le système deviendra chaotique», prédit le philosophe.

Le savoir est au cœur de la réflexion de ce collectif, qui aspire à l’avènement d’une «économie de la contribution». «Il faut rémunérer les gens qui créent du savoir, et qui le valorisent dans une association, un groupe ou un territoire», précise le penseur.

Cette formule est déjà à l’essai en Seine-Saint-Denis, en France, où chercheurs et citoyens œuvrent ensemble pour se projeter dans un avenir post JO de Paris 2024. «On donne aux citoyens la possibilité de devenir leur propre ingénieur et même leur propre main-d’œuvre en développant du savoir», précise Jean Stiegler.

Programme public-privé

Marie-Claude Bossière, pédopsychiatre, a mis en place sur le même modèle une clinique contributive spécialisée dans l’effet des nouvelles technologies sur le développement des enfants. «Nous travaillons sur la base de la mise en commun des savoirs des parents et des chercheurs», explique-t-elle.

Ces «territoires-laboratoires», le collectif souhaite les voir essaimer dans le monde entier, sous l’égide des Nations Unies. Il en a officiellement fait la demande auprès du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gutierres. «Ces territoires ne seraient pas isolés, mais ils communiqueraient entre eux non pas par le commerce, mais par les savoirs», appelle de ses vœux le philosophe. Un programme étalé sur dix ans, dans des régions volontaires, et qui servirait de test à grande échelle d’une nouvelle logique économique.

Génération Thunberg

Une logique dont ne sont pas exclus les grands groupes industriels. Orange, par exemple, fait figure d’entreprise partenaire dans ce projet. «Nous ne croyons pas à la désindustrialisation, mais pensons qu’il est possible de fonctionner différemment», souligne Bernard Stiegler.

Restés cois durant l’exposé des chercheurs, ce n’est qu’en fin de conférence que les deux représentants de l’Association des amis de la génération Thunberg prennent la parole. Ils relèvent «la grande mobilisation de la jeunesse», mais aussi un bilan en demi-teinte après un an de manifestations. Peu d’avancées notables et une COP25 décevante à Madrid amène les militants à constater un «blocage». «Il est essentiel d’apporter du savoir dans ce combat, quand on bute sans pouvoir amener de solutions. Et nous avons un intérêt commun avec la communauté scientifique: trouver des alternatives pour œuvrer à un monde viable», résume Victor Chaix.

Et Bernard Stiegler de conclure: «Il est important pour nous de pouvoir échanger avec ces mouvements, pour que cette génération puisse aussi soutenir notre demande à l’ONU et convaincre les entreprises de nous emboîter le pas.»

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