Chroniques

A propos du burn-out

À votre santé!

Il y a peu, un ami m’a dit qu’il était en arrêt maladie pour un burn-out. Il me disait qu’il se souvenait de ses quinze premières années de travail comme mécanicien sur des machines de chantier: le travail était dur, mais il y avait le moment de l’apéro du vendredi et l’ambiance de franche camaraderie. Depuis dix ans, tout a changé. L’ami en question s’est retrouvé progressivement à devoir faire le même travail à lui tout seul. Il n’arrivait pas à suivre, ce qui engendrait des réprimandes de la part de son chef. Il est devenu irritable et ne se sentait plus à la hauteur. Un jour, il y a un mois, il n’a plus pu se lever et a consulté son médecin.

Le burn-out a été décrit la première fois à la fin des années 1960. Depuis, il a été reconnu par l’OMS comme un syndrome résultant d’un stress chronique au travail «qui n’a pas été géré avec succès» et qui se caractérise par trois éléments: «un sentiment d’épuisement», «du cynisme ou des sentiments négativistes liés à son travail» et «une efficacité professionnelle réduite».

De plus en plus de monde en souffre, et on estime en Suisse que 27,8% des travailleurs se sentent épuisés émotionnellement. Cela mène à une perte de productivité massive pour l’économie suisse, équivalente à 1% du PIB. De nos jours, c’est une des premières causes d’absence prolongée au travail. Il est intéressant de noter que les paysans suisses sont deux fois plus sujet au burn-out que la population générale, alors qu’en principe ils sont leur propre patron (n’est-ce pas le mode de production qui est en cause?). Ces données n’ont pas empêché le Conseil national de refuser sèchement, en juin de cette année, une motion demandant que le burn-out soit considéré comme une maladie professionnelle et que sa prise en charge relève de la Suva et plus de la LAMal. Les entreprises «risqueraient» de faire face à un surcoût en cas de transfert du burn-out vers l’assurance-accident, a estimé la majorité de nos députés.

De plus, ces derniers ont considéré que les programmes de prévention déjà mis en place par l’économie privée démontraient combien les entreprises prenaient ce problème au sérieux. Mais la prévention au travail – si elle se fait – se limite en général à prendre en charge les collaborateurs-trices surmené-e-s avant qu’un arrêt de travail soit nécessaire. «Une bonne démarche de prévention commence par informer tous les niveaux hiérarchiques du haut vers le bas sur ce qu’est le burn-out, les signes d’alerte, le profil type de la personne à risque, le terrain favorable», peut-on lire par exemple sur le site de noburnout.ch. Une vraie prévention ne devrait-elle pas d’abord s’intéresser à l’organisation du travail et à la place de celui-ci dans la vie d’une personne? L’augmentation du nombre de burn-out sur ces trente dernières années n’est-elle pas liée à la précarisation des conditions de travail où les exigences de rentabilité priment, où le parcours individuel au sein de l’entreprise est davantage valorisé que le travail d’équipe, où des évaluations régulières, avec des critères «inventés» par les RH – un corps de métier qui a pris une place (trop?) importante –, sont souvent vécues comme des tribunaux?

Certaines entreprises proposent des journées de «team bulding»: les acteurs qui se positionnent sur le marché du renforcement d’équipe – tiens, c’est aussi un marché! – sont principalement les personnes formées au coaching professionnel en organisation ou en entreprise, ou encore des agences spécialisées en communication événementielle. Le but avoué de cette prévention n’est pas a priori le bien-être des collaborateurs, mais une augmentation de la productivité au travail, comme l’affirmait récemment dans un hebdomadaire local un des directeurs du centre patronal vaudois, en disant que le travail en équipe équivaut à une équation de 1+1=3. (Le Régional n°976).

Le burn-out n’est-il pas plutôt une maladie liée à la perte du sens du travail – lieu de réalisation de soi, de symbolique identitaire et de validation sociale, mais aussi de liens (où les syndicats jouaient un rôle non seulement de revendication mais de cohésion et d’espace de parole partagée) – qu’à l’excès de travail en tant que tel?

Notre chroniqueur est pédiatre FMH et membre du comité E-Changer, ONG suisse romande de coopération.

Opinions Chroniques Bernard Borel

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lundi 8 janvier 2018

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