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Mort de Johnny Clegg, le «Zoulou blanc»

Le chanteur sud-africain, figure de l’antiracisme, a succombé à un cancer à 66 ans.
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Johnny Clegg en 1997 lors d'un concert "Rock contre la haine" à Zurich. KEYSTONE
Carnet noir

Johnny Clegg, chanteur et danseur légendaire d’Afrique du Sud, est décédé des suites d’un cancer du pancréas. Il avait 66 ans. “Johnny est décédé paisiblement aujourd’hui, entouré de sa famille à Johannesburg (…), après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer”, a déclaré son manager, Rodd Quinn. “Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir aux gens différentes cultures et en les rapprochant”, a-t-il ajouté dans un communiqué. “Il nous a montré ce que cela signifiait d’embrasser d’autres cultures sans perdre son identité”.

En 1982, Johnny Clegg s’était fait connaître sur la scène internationale avec l’album Scatterlings, où cohabitaient les rythmes africains, la guitare, le clavier électrique et l’accordéon. Cinq ans plus tard, il dédiait à Nelson Mandela, alors en liberté surveillée, ce qui deviendra un tube planétaire et un hymne à la liberté, «Asimbonanga» («Nous ne l’avons pas vu»). En 1988, alors que Clegg est l’un des artistes les plus écoutés en France, Renaud lui dédie la chanson «Jonathan» figurant sur son album Putain de camion. Témoignage de cette amitié, le chanteur français produira un album de Johnny Clegg en 2006 (One Life).

Succès avec Juluka

Destin extraordinaire que celui de Johnny Clegg. Né en Grande-Bretagne en 1953, il débarque en famille à Johannesburg, alors âgé de 6 ans. Adolescent, il rejette sa communauté juive d’origine qu’il juge trop stricte et rétrograde. Il se met à fréquenter les travailleurs immigrés zoulous, apprend leur langue et leur culture. Au contact des musiciens de rue, il devient un guitariste accompli et respecté. A la fin des années 1960, sa rencontre avec Sipho Mchunu, musicien zoulou venu travailler en ville, est déterminante. Le duo mélange les influences rock, folk et zoulou et commence à se faire un nom.

Fruit de cette union artistique totalement inédite dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, le groupe Juluka devient immensément populaire. L’album Universal Men, en 1979, subit des restrictions d’antenne mais résonne puissamment alors que la jeunesse du pays est en proie à une fièvre contestataire. Juluka enchaîne les succès, domine les ventes d’albums. Dans les années 1980, c’est au tour du monde occidental de découvrir un Johnny Clegg dansant pieds nus avec une énergie communicative, entouré de son nouveau groupe Savuka. Third World Child, en 1987, est un immense succès. La chanson «Scatterlings of Africa» figurera au générique du film Rain Man, avec Tom Cruise et Dustin Hoffman.

Après avoir vendu plus de cinq millions d’albums, devenu plus rare sur les scènes, Johnny Clegg s’était retiré fin 2018 pour faire face à la maladie. Il avait encore accompli une tournée mondiale d’adieu intitulée «Final Journey» (dernier voyage). Sipho Mchunu l’y rejoignait sur scène pour la partie consacrée aux succès de Juluka. Dans l’une de ses ultimes interviews à la presse, le chanteur s’était dit préoccupé par la situation en Afrique du Sud, en proie à la violence et à la pauvreté. Il était attristé par le fait qu’«après vingt-trois ans de démocratie, la couleur de peau soit un problème toujours aussi important».

Culture Musique Roderic Mounir, avec l’ATS Carnet noir

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