Lecteurs

Le moment est venu

Agnieszka Hegetschweiler invite à participer à la grève des femmes le 14 juin prochain.
Témoignage

Pour mon premier emploi en Suisse, j’ai été engagée à la production dans une usine au même poste et le même jour qu’un homme du même âge, avec la même expérience professionnelle. Peu de temps après, j’ai appris qu’il gagnait plus, parce qu’il était un homme. Nos deux salaires étaient tout en bas de l’échelle, mais c’est justement dans cette situation que quelques centaines de francs par mois font une énorme différence. On m’a appris que je devais m’y faire. Que c’était normal ici. Je vous avoue que je ne le comprends toujours pas.

Des années plus tard, en tant que maman, j’ai fait la connaissance de mères d’enfants en bas âge en Suisse. L’importance qu’elles attachaient à la maternité, au ménage, aux soins à donner à toute la famille et à l’organisation logistique de toute la maison est admirable. Mais pourquoi les papas le font si rarement? Forcément, nous tous (femmes et hommes) avons besoin de nous sentir valorisé.e.s par ce que nous faisons. Quand ça n’arrive pas au niveau professionnel, on fait tout pour que que ce soit le cas dans le privé. De plus, quand dans le couple un des partenaires gagne moins, le calcul est vite fait pour savoir qui diminuera son taux de travail à la naissance des enfants, histoire de pouvoir rentrer plus tôt pour aller chez le médecin et prendre congé pour soigner les petits. Depuis toutes ces années, j’observe les normes sociales afin de m’adapter au mieux au pays que j’ai choisi pour vivre et y élever mes enfants. Je note ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas. Et plus le temps passe, plus je m’étonne de la situation.

En 2016, il a eu la grève des femmes en Argentine contre les violences faites aux femmes. En Suisse, rien. Peu de temps après, dans mon pays natal, la Pologne, les femmes ont manifesté pour garder l’accès à l’IVG. Pendant ce temps, en Suisse, les femmes semblaient toujours ne pas avoir de raisons de manifester.

En 2017, il y a eu le mouvement mondial #metoo. Les femmes en Suisse ont de leur côté commencé à se mobiliser contre l’initiative PV2020 qui voulait leur enlever une année de retraite. Ce sont leurs votes qui ont fait pencher la balance contre cette initiative. Puis enfin, quand j’ai appris en 2018 qu’une grève se précise à l’horizon 2019, je sais que le moment est venu de rejoindre le mouvement.

L’égalité salariale est une question non négociable qui influence notre vie privée et professionnelle. Ce 18% de notre salaire compte énormément, surtout pour les femmes qui gagnent très peu. J’irai faire la grève parce que j’exige des sanctions contre les employeurs qui ne respectent pas l’égalité salariale. J’irai faire la grève pour toutes celles qui n’ont pas la possibilité de le faire par peur de perdre leur emploi, par manque de soutien quant à la garde des enfants, parce qu’elles n’osent par réclamer ce qui leur est dû, parce qu’on leur répète dès leur enfance que les gentilles filles vont au ciel. Mais elles oublient que les filles pas sages vont où elles veulent. Ces dernières, je les invite à rejoindre la grève des femmes en Suisse le 14 juin 2019!!!

Agnieszka Hegetschweiler, Neuchâtel

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