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L’hécatombe continue

L’hécatombe continue
Protestations à Gaza, samedi 30 mars 2019. KEYSTONE
Palestine

Les Gazaouis se rappelaient à notre souvenir, ce samedi, en protestant par dizaines de milliers devant les barbelés israéliens qui les enferment dans leur enclave. Un an a passé, déjà, depuis le début des manifestations de la «grande marche du retour», pendant lesquels 266 Palestiniens ont perdu la vie – dont 47 enfants – et quelque 29 000 personnes ont été blessées1Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, pendant la période du 30 mars 2018 au 31 janvier 2019.. La plupart visés par des snipers israéliens bien à l’abri dans leurs tourelles.

Une année après, l’impunité de ces crimes est totale. Le 18 mars, une commission d’enquête indépendante de l’ONU a démontré que ces manifestants ont été tués alors qu’ils ne représentaient pas une menace de mort imminente. En clair, l’armée israélienne s’est rendue coupable de crimes de guerre à large échelle, voire de crimes contre l’humanité, au regard du droit international. D’autant qu’il s’agissait d’une doctrine d’engagement et non d’agissements de soldats isolés.

Quelles ont été les mesures de rétorsions des Etats occidentaux, s’autoproclamant volontiers défenseurs des droits humains? Des sanctions? Un retrait des accords économiques et militaires préférentiels avec cet Etat? Une annulation de l’Eurovision à Tel Aviv? Rien. Que nenni. Silence radio. Les militaires de l’«armée la plus morale du monde», comme elle aime à s’appeler, ont la permission de reprendre le carnage.

Samedi, ni les Chancelleries occidentales ni les médias européens n’ont porté une attention particulière à la gigantesque mobilisation pacifique gazaouie. Les soldats israéliens ont abattu quatre Palestiniens? «Le bain de sang a été évité!» lit-on dans nos quotidiens, comparant aux 60 tués en un seul jour l’année passée. Puis, «au moins, nous évitons de peu le conflit armé annoncé depuis quelques semaines», lit-on en substance. Les journalistes européens ont aussi décrété que le mouvement était désormais «contrôlé par le Hamas», permettant d’effriter ainsi, à leurs yeux, sa légitimité.

Pourtant, la marmite va de nouveau exploser. On ne maintient pas indéfiniment, en violation du droit de la guerre le plus élémentaire, près de 2 millions de personnes étouffées dans un espace restreint et clôt. Sans travail (la moitié de la population active est sans emploi), sans eau potable, sans espoir, combien de temps les Gazaouis tiendront-ils avant de se jeter à nouveau sur la clôture? Combien résisteront à la tentation de fabriquer des roquettes artisanales de bric et de broc qui feront pleuvoir en représailles les missiles israéliens sur leurs têtes? Le massacre, une nouvelle fois, est annoncé.

Notes   [ + ]

1. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, pendant la période du 30 mars 2018 au 31 janvier 2019.
International Christophe Koessler Palestine

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