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Le droit à la science, droit humain

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Un politiquement correct très répandu voudrait que toutes les croyances soient respectables, comme propriétés de la «nature humaine» et régulateurs nécessaires des sociétés. On assimile la liberté de croyance, droit individuel non contestable, à une prétendue «liberté religieuse», qui consiste à laisser l’adhésion aux sectes, aussi toxiques et aberrantes soient-elles, se répandre par des éducations faites de contes de fées et de conditionnements fascisants. C’est faire peu de cas des libertés individuelles de nouveaux-nés qui apprendront que la Terre est plate, que le Soleil tourne autour, que le monde a 6000 ans, que les espèces n’évoluent pas, qu’il faut respecter les prêtres pédophiles et leurs protecteurs emmitrés, génocider les Palestiniens, lapider les adultères ou bien tuer des athées et des juifs pour se taper des vierges au paradis! La liberté de croyance et de religion s’arrête où commence celle des autres, à commencer par nos propres descendants, qui doivent avoir le droit de choisir leurs croyances et leurs pratiques, religieuses ou pas.

Le moins que l’on puisse dire est que les Etats, même «démocratiques», ne respectent pas ces libertés des enfants de choisir sans contraintes, de croire ou non ce que leur enseignent parents et prêtres. Parce qu’il serait contre-productif, sur le plan électoral, de s’attaquer aux familles liberticides, plutôt que de laisser opprimer des enfants qui ne votent pas encore, et que l’on tente de conditionner à bien voter plus tard…

Une conséquence de cette tolérance des sectaires et des intolérants est un recul général de l’éducation scientifique devant les attaques des religieux prosélytes, même quand ils sont très minoritaires. Nos dirigeants «démocrates» assoiffés de votes islamistes, sionistes, chrétiens, raéliens ou bouddhistes pour assurer leur prochain mandat laissent clamer dans la rue que la fin du monde ou le retour de Jésus, c’est demain! Certains veulent virer l’enseignement de l’évolution, de la paléontologie ou de la diversité humaine des programmes scolaires «parce que c’est polémique». Comme s’il y avait des doutes scientifiques au sujet de l’histoire de la vie! Demain, si la pression augmente, on réorganisera l’apartheid des filles, de la cuisine à la piscine. Comme dans les théocraties qui bannissent de l’enseignement des sciences tout ce qui contredit leurs stupides textes «sacrés».

L’enseignement d’une grande partie des sciences recule, de jour en jour, dans les pays du Nord comme du Sud. Le plus étonnant, c’est le silence de la communauté scientifique, pourtant directement concernée par des interdits de recherche croissants et le recul d’une culture scientifique dont dépend son avenir. La plupart de ses membres, le nez dans l’ordinateur, n’ont pas appris l’histoire des sciences et leur oppression en Europe – jusqu’à la torture et la mise à mort de Vanini, Giordano Bruno ou Michel Servet par les religieux alors au pouvoir.

Les compromissions avec le pouvoir politique des hautes autorités de la science et de l’éducation, coupées de la pratique, s’expliquent, mais ne se justifient pas. L’absence de réaction des chercheurs et de certains des enseignants concernés est moins compréhensible. Surtout dans l’éducation, où le rejet d’enseignements scientifiques de base est devenu quotidien à côté des revendications de «respect» de rituels sexistes et sectaires. Une majorité trop silencieuse est ainsi soumise aux attaques des minorités religieuses agitées.

Pourtant, les sectaires délirants qui affirment la platitude de la Terre, la rotation du Soleil autour ou la courte durée des temps géologiques diffusent leurs sottises à travers des satellites et autres instruments fonctionnant grâce aux théories scientifiques qu’ils contestent… S’il est inutile de reprocher leur incohérence aux culs-bénits1Lire ou relire: Lettre ouverte aux culs-bénits, de Cavanna, Albin Michel, 1994., il serait temps que les scientifiques et les politiques se mobilisent contre eux, au nom du droit humain à la connaissance, en général, et à la science, en particulier…

Notes   [ + ]

1. Lire ou relire: Lettre ouverte aux culs-bénits, de Cavanna, Albin Michel, 1994.

Chroniqueur énervant.

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lundi 8 janvier 2018

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