Édito

Mortelle passivité

Mortelle passivité
Dix personnes ont été tuées lundi à Toronto. KEYSTONE/EPA/WARREN TODA
Canada

L’écho international du massacre perpétré lundi à Toronto aurait-il été différent si son auteur, Alek Minassian, avait été d’origine arabe? Rappelons que ce jeune Canadien a renversé plus d’une vingtaine de piétons, tuant dix personnes, au volant d’une camionnette de location. L’acte, délibéré selon les témoins et la police canadienne, n’est toutefois pas qualifié, par elle, de «terroriste».

Or, à l’instar d’Alexandre Bissonnette (28 ans), cet identitaire passionné d’armes qui tua l’an dernier six fidèles dans une mosquée de Québec, l’ex-militaire Alek Minassian (25 ans) possède un profil politique pour le moins marqué. Encore plus antiféministe que le Québécois, l’Ontarien avait motivé son forfait sur Facebook avant de passer à l’acte: «La rébellion des ‘incel’ a déjà commencé», avait-il écrit en référence au mouvement ultramasculiniste des «célibataires involontaires» auquel il s’identifiait. Il dévoilait alors son projet de «renverser tous les Chads et Stacys», soit des femmes et hommes séduisants, dans le langage propre aux ‘incels’.

Si la violence d’extrême droite n’est pas nouvelle au Canada, elle semble trouver, comme chez le voisin étasunien, un terreau social et idéologique de plus en plus fertile. Identitaires (La Meute, Pegida, Québec identitaire) ou d’«autodéfense» (brigades antipédophiles, III %, Soldat d’Odin), plus d’une centaine de groupes radicaux prospéreraient dans le sillage des omniprésentes radios populistes, des tabloïds sensationnalistes et des politiciens conservateurs ou/et opportunistes.

Mais, pour les spécialistes canadiens de l’extrême droite Barbara Perry et Ryan Scrivens  1 «Right Wing Extremism in Canada. An Environmental Scan», Kanishka Project Contribution Program, septembre 2016. , la hausse des violences réactionnaires a aussi une autre origine: le sentiment d’impunité que l’inaction de la police a fini par diffuser au sein de cette nébuleuse. Au mieux par aveuglement devant le péril extrémiste, au pire par complicité avec leurs «idéaux». Il aura fallu la fusillade de Québec et le meurtre d’une manifestante antiraciste à Charlottesville (USA) pour que les médias (sérieux) et certains responsables politiques prennent conscience du péril représenté par la mouvance.

A l’heure où les groupes de la droite radicale française multiplient les coups d’éclat contre les étudiants ou les migrants, avec la bienveillance des autorités, la douloureuse expérience canadienne devrait faire réfléchir.

Notes   [ + ]

1. «Right Wing Extremism in Canada. An Environmental Scan», Kanishka Project Contribution Program, septembre 2016.
Opinions International Édito Benito Perez Canada

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