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Un marché juteux où chacun veut sa part du gâteau

«Le salaire des médecins n’est certainement pas le vrai problème.» Christine Roth répond au Dr Marc Saudan, auteur d’une lettre ouverte au ministre genevois de la Santé, parue dans notre édition du 6 mars.
Santé

Les salaires abusifs sont à revoir que ce soit dans le domaine de justice ou de la santé. Mais la comparaison «l’autre gagne plus que moi» est une réponse aussi démagogique que les discours de notre ministre de la Santé. On pourrait comprendre ces mots venant de familles qui n’arrivent pas à boucler le mois, ou de patients en situation de précarité, mais pas d’un médecin.

Au moins ce texte à l’avantage de nous faire rire un peu lorsque nous lisons: «Reprocher aux médecins d’utiliser les outils à leur disposition revient à reprocher à un enfant de manger des bonbons alors qu’on lui a laissé un sac rempli de friandises dans la main.» Comparer les médecins aux enfants et l’IRM aux bonbons dont ils disposent…, sachant que les bonbons sont déconseillés pour la santé mais consommés s’ils sont là, est assez étrange!

Mais ce qui est plus préoccupant, c’est que le Dr Marc Saudan, lui, ose pointer du doigt le coût réel d’une année supplémentaire de vie d’un patient âgé. Le patient âgé a payé toute sa vie son assurance-maladie et est en droit de choisir s’il veut vivre un peu plus longtemps ou pas. La personne qui va faire le grand saut, quitter la vie, a un long parcours à revisiter; elle doit prendre le temps, avant sa mort, de réfléchir, parler, transmettre, pardonner ou demander pardon, ou simplement vivre encore si elle le souhaite. C’est le minimum de dignité que la société doit accorder à tout être humain.

De plus, un médecin sait pertinemment que c’est le coût de la dernière année de vie qui est important pour toute personne, âgée ou non. Si nous acceptons les propos du Dr Saudan, faudra-t-il ensuite déterminer le coût réel des soins aux handicapés, aux malades chroniques puis celui des chômeurs et des personnes bénéficiant de l’assistance?

Si les médecins ont pu faire de longues études, c’est une chance et un enrichissement dont l’accès devient de plus en plus difficile aux enfants de familles précarisées. Ce temps d’étude est offert par le service public, c’est-à-dire nous tous. Les remerciements doivent donc être mutuels. Nous devons également remercier les agriculteurs qui nous fournissent notre nourriture vitale et tous ceux qui contribuent à faire vivre les membres de cette société.

Le problème est ailleurs. La santé est devenue un marché juteux et de multiples entreprises se précipitent pour avoir leur part du gâteau. Le salaire des médecins n’est certainement pas le vrai problème. Il faut parler du coût des médicaments, des profits des entreprises pharmaceutiques, de ce système de primes, aberration qui met sur le même plan le propriétaire d’une grande entreprise et un employé au salaire minimum.

Qu’on ne nous fasse pas croire qu’il n’y a pas d’alternative. Nous voulons un débat sur une assurance publique unique basée sur des cotisations en pourcents des revenus, gérée sous le contrôle des assurés. Nous ne voulons plus payer les coûts des innombrables caisses privées, les salaires indécents de leurs directeurs, les sommes faramineuses dépensées en publicité, etc.

Nous nous opposons fermement à la vente de nos hôpitaux. Ils nous appartiennent. C’est notre argent et nous devons garder un système de santé qui n’est pas basé sur le gain. Ce qui est privé est forcément plus coûteux puisqu’il y a recherche de profit au détriment de nos besoins réels. Nous voulons être soignés avec les médicaments dont nous avons besoin et pas avec ceux qui offrent le plus de profits aux entreprises pharmaceutiques, nous ne voulons pas de diminution de personnel dans notre hôpital.

Depuis une trentaine d’années, le plébiscite du libéralisme débouche sur le sabotage de nos institutions sociales: privatisation des soins de santé mais qui reçoivent des subventions étatiques, industries pharmaceutiques déchaînées. Nous ne voulons pas qu’un membre du Conseil des Etats ou du National fasse partie d’un Conseil d’administration de caisse maladie. Nous voulons une vraie prévention qui diminuera le coût de la santé. En 2015, le budget de la prévention ne représentait que 2,4% du coût de la santé – évidemment ça ne rapporte rien aux investisseurs.

Et pour terminer, nous n’acceptons plus ce type de langage manipulateur. La santé n’est pas une charge, c’est un merveilleux service à la population. De plus, il offre à tous ses acteurs un travail stimulant, une possibilité d’exercer sa capacité de faire.

Christine Roth, Genève.

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