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Le doute est permis

Alison Katz rend les citoyen.ne.s vigilants face aux contenus de l’information.
Médias

Arte a consacré une émission de 28 minutes à une prochaine loi française contre les fausses nouvelles en période électorale (le mardi 9 janvier 2017). Invités et présentatrices s’indignaient du phénomène et personne ne semblait être troublé par la doute ou l’incertitude. Apparemment la distinction entre fake news et real news ne leur posait aucun problème.

Une photo de J. F. Kennedy était projeté en toile de fond, sans doute pour appuyer la thèse qui dominait le débat que les fake news sont alimentées par le «complotisme» (par exemple lié à l’assassinat du Président en 1963). Pourtant, en 1979, the House Select Committee on Assassinations (HSCA du Congrès des USA) a publié son rapport et a conclu à «un complot probable» (probable conspiracy). Le HSCA n’a pas pu déterminer la nature du complot ni l’identité des autres participants (autre que Lee Harvey Oswald) (1). Récemment, John Kerry, secrétaire d’Etat sous Obama, a affirmé qu’«à ce jour, j’ai de sérieux doutes qu’Oswald ait agi seul».

Parmi d’autres exemples de fake news liées au complotisme, 28 minutes a cité Jean Luc Mélenchon qui apparemment avait affirmé que les USA ont soutenu Daech en Syrie. Pourtant il est en bonne compagnie. Le (très respectable) New York Times et des centaines d’autres médias ont fait état de ce soutien, comme par exemple dans cet article publié en 2016 (Sanger, D. «Donald Trump likely to end aid for rebels fighting Syrian government», New York Times, 11 November 2016) (2).

Autre exemple qui a été cité dans l’émission, les attaques du 11 septembre 2001. Pourtant, il est permis au minimum de soupçonner que toute la vérité n’ait pas été dite. Un article dans la (très respectable) Revue Foreign Policy a conclu qu’«on ne peut pas s’empêcher de prendre en considération la conclusion, très dérangeante, que la théorie la plus scientifique pour expliquer l’effondrement du WTC 7 [la tour numéro 7], c’est qu’il s’agissait d’une démolition contrôlée, faite avec des explosifs» (3).

Rappelons finalement une des plus célèbres fake news du passé, les «armements de destruction massive détenus par Saddam Hussein». Tenez! Ne s’agissait-il pas d’un complot en haut lieu?

Non seulement le doute est permis aujourd’hui, mais il est essentiel. Par contre, les certitudes sont rarement raisonnables.
Pauvres citoyen(ne)s! Nous sommes assailli(e)s d’un côté par une désinformation permanente émanant des sources très fréquentables (grands conglomérats des médias) et de l’autre côté de fake news émanant des sources infréquentables (la Russie, les «complotistes», les réseaux sociaux sans distinction).

Alison Katz,Aïre (GE)

1) http://bit.ly/2mi5RlC
2) http://nyti.ms/2mk2ZnZ
3) http://bit.ly/2DlSatR

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