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Le côté punk du capitalisme

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Dans un petit livre passionnant, Thierry Courvoisier balaie, Des étoiles aux EtatsThierry Courvoisier, Des étoiles aux Etats. Manifeste pour une gouvernance à l’écoute de la science, Ed. Georg, Genève, 2017., les raisons pour lesquelles les gouvernants de ce monde devraient plus prendre en compte les résultats et les besoins de la science fondamentale. Astronome, il rappelle que, loin d’être une distraction gratuite, sa science a d’abord servi, pendant longtemps, à mesurer le temps de la vie quotidienne: les heures de la journée, les saisons de l’année, synchroniseurs de nos activités rurales, étaient repérées par la position des astres, bien avant que les mouvements de ces derniers soient compris. Il relève que les progrès de l’astronomie doivent beaucoup aux technologies développées pour la Seconde Guerre mondiale, dont il aurait pourtant été sage de s’abstenir! Mais aussi que la théorie de la relativité, si abstraite qu’elle semble, est indispensable à la précision des GPS. L’astronomie, sommaire ou sophistiquée, nous accompagne dans l’organisation temporelle et spatiale de notre vie. Elle mérite donc d’être prise en compte et développée, pour notre bien à tous. L’auteur ne revendique, pour autant, aucune prise de pouvoir par des scientifiques que leur profil atypique éloigne, le plus souvent, de toute aptitude à la gouvernance.

L’astronomie, avec la physique qui lui est liée, est la science des échelles, de temps et de distance. Le monde des perceptions humaines ne nous permet pas d’appréhender les dimensions très grandes ou très petites qu’elle mesure, dans le temps ou dans l’espace. Ce qui, dans l’histoire, lui a valu bien des conflits avec les dogmes religieux dont les récits, prétendus vérités absolues des prophètes, sont basés sur l’illusion des perceptions humaines: une terre plate au centre d’un monde fini! Bien sûr aussi, des espèces animales et végétales qui seraient restées telles qu’un dieu les aurait créées… Et il y a encore de nos jours des sectes religieuses mondialisées et des autorités politiques majeures qui imposent de telles croyances ineptes par la manipulation et la violence!

La seule façon d’en sortir serait que les gouvernants acceptent de se mettre d’accord sur les connaissances acquises dont la science, grâce à ses débats, est seule à pouvoir dresser un bilan provisoire et sans cesse actualisé. Le problème est que, si les pouvoirs s’emparent des applications de la science qui les renforcent, en particulier dans le domaine militaire ou pour la propagande, bien peu laissent aux scientifiques le droit et les moyens de développer leurs activités en toute indépendance. Pourtant, l’histoire des sciences montre que la recherche ciblée ne produit jamais les bonds en avant des connaissances que seule la recherche fondamentale réalise.

On peut regretter que l’auteur, qui revendique sa culture calviniste d’origine et son appartenance à des académies des sciences suisse et européenne, assez conformistes, n’aille pas au bout des conclusions que son état des lieux implique. Face à l’état actuel des connaissances scientifiques vérifiées, aucun «livre sacré» ne peut être considéré comme décrivant exactement l’état du monde matériel. Et puis, confier à des textes moyenâgeux ou antérieurs les fondements de l’organisation sociale et de la morale ne risque pas de faire consensus entre les chapelles, ni d’assurer la paix et le respect des droits humains.

Les religions ne sont pas seules en cause. Quand le capitalisme fonctionne sur les dogmes de la croissance et du temps court, il n’a rien compris aux leçons sur le temps de l’astronomie. C’est comme si les paysans d’autrefois s’étaient gavés de leurs récoltes sans préserver leurs semences. Tous les indicateurs scientifiques sont au rouge, de l’épuisement de ressources capitales au réchauffement climatique, qui nous mènent vers des situations dramatiques. Mais on continue à privilégier cette croissance au temps court et les bénéfices immédiats d’actionnaires qui méprisent l’avenir. «No Future», c’est le côté punk du capitalisme!

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lundi 8 janvier 2018

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