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Ne pas se tromper de bataille

Bernard Pinget défend la réforme Prévoyance 2020 qui sera soumise au vote le 24 septembre.
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Alors que tous les cabinets ministériels du continent, relayés par des majorités parlementaires le plus souvent verrouillées, planchent sur le problème des retraites, notre démocratie directe donnera la parole, le 24 septembre, au peuple souverain.

Les détails du projet qui nous est soumis (voir notamment Le Courrier du 21 août dernier) sont si complexes qu’ils nous ont peut-être fait perdre de vue l’essentiel. Car l’essentiel, ici, est plus que jamais un enjeu politique.

La réalité de l’augmentation de l’espérance de vie nous est présentée comme la cause incontournable d’un nécessaire allongement du temps d’activité professionnelle. Cette apparente vérité assénée par le système capitaliste, nous, gens de gauche, avons eu la faiblesse de l’accepter sans trop y réfléchir. Il aurait pourtant été salutaire de faire intervenir dans le raisonnement l’augmentation constante de la productivité du travail, et d’exiger, sur la scène politique, que la richesse ainsi créée serve à assurer le bien-être des aînés plutôt qu’à gonfler le portefeuille d’une minorité d’actionnaires toujours plus voraces. Le rapport des forces économiques, sociales et politiques n’a pas permis à de telles revendications d’avoir la moindre chance d’émerger quand il était encore temps, pas plus dans notre pays que dans les autres démocraties. Désormais, l’échéance démographique est là, et l’argent qui aurait pu servir à financer les retraites de demain a été depuis longtemps converti en beaux costumes et en excellents cognacs. Il ne reviendra pas.

Dès lors, il s’agit de prendre fermement position sur la situation telle qu’elle est, et non de rêver à ce qu’elle aurait pu être.

Le caractère éminemment politique du dossier se révèle quand on examine les points qui sont contestés par la droite. Des points qui dessinent les contours de ce que serait l’avenir des retraites si le «non» l’emportait le 24 septembre: un déplacement du curseur du premier vers le deuxième pilier (pas d’augmentation de l’AVS), une pression accrue sur les bas revenus (suppression complète de la déduction de coordination), un refus de faire appel à la solidarité pour financer les rentes (pas d’augmentation, même minime, de la TVA) et le recours aux prestations complémentaires (pourtant toujours rabotées par les majorités de droite) pour éviter aux plus modestes de mourir de faim. Tout cela n’aurait pas beaucoup de chances d’emporter l’adhésion des citoyen-ne-s sans l’argument qui concerne l’âge de départ à la retraite des femmes: et voici que le PLR prend vigoureusement la défense des travailleuses. On peut donc supposer que, dans son modèle, les femmes continueront de partir à la retraite un an avant les hommes… A 66 ans au lieu de 67? A 69 au lieu de 70? C’est ce que l’histoire ne dit pas.

Car finalement, la seule variable sur laquelle il sera possible d’agir sans écorner le credo capitaliste, c’est bel et bien l’âge du départ à la retraite. Partout, des économistes acquis aux thèses néolibérales le clament. Et d’ailleurs, les grands patrons prennent leur retraite le plus tard possible. De même que les notaires, les architectes, les médecins, les avocats… Vous, manutentionnaires, pourquoi ne feriez-vous pas comme eux? De brillants experts nous présentent l’aspiration à la retraite comme une excentricité héritée des 30 glorieuses. Ce sont les mêmes, d’ailleurs, qui nous expliquent que le temps du métier à vie est révolu, qu’il faut être mobile et interchangeable. Mais qui ne nous disent pas comment faire pour trouver du boulot à 60 ans…

L’enjeu politique du 24 septembre est un enjeu de société. Voter oui, c’est choisir un modèle de société où chacun-e pourra arrêter de travailler à un âge décent et jouir d’un revenu décent pendant les dernières années de sa vie. Ce choix, nous ne l’aurons pas deux fois.

Bernard Pinget, Veyrier (GE)

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