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Le Venezuela dans l’impasse

La semaine s’annonce encore brûlante au Venezuela. Alors que plus de 19 millions de citoyens sont appelés à élire dimanche les membres d’une nouvelle Assemblée constituante, le pays ne cesse de s’enfoncer dans le chaos et dans l’impasse politique. Rejetant le scrutin, l’opposition poursuit quotidiennement ses manifestations – souvent violentes – et compte faire encore monter la pression d’ici au 30 juillet, au cours de ce qu’elle a nommé «l’offensive finale».

Depuis début avril, les mobilisations «antichavistes», régulièrement réprimées, ont déjà fait plus de 100 morts, en incluant partisans des deux bords, passants, pillards et policiers. Mais loin de chercher à faire baisser la tension, leaders de l’opposition et dirigeants chavistes redoublent d’efforts pour délégitimer l’autre camp.

Le dernier exemple en date a eu lieu vendredi. Les députés d’opposition – qui contrôlent le parlement – ont tenu une «session publique» sur une place de Caracas afin de faire «prêter serment» à 33 magistrats pour qu’il forment un «Tribunal suprême de justice» parallèle… Un épisode qui s’inscrit dans la lignée de la consultation symbolique du dimanche 16 juillet contre l’Assemblée constituante convoquée par Nicolas Maduro.

Englué dans une profonde crise économique, le Venezuela souffre également d’une paralysie institutionnelle depuis la victoire de l’opposition aux législatives de fin 2015. Cette première défaite du chavisme en vingt ans a laissé un panorama politique complexe et plus polarisé que jamais, avec une opposition largement majoritaire au parlement et un Parti socialiste unifié qui contrôle les instances gouvernementales, les principales Cours de justice et qui conserve l’appui de l’armée. Or il n’a jamais été question pour quiconque de jouer le jeu de la cohabitation.

Depuis, chacun en appelle à la Constitution pour démettre l’autre. C’est ainsi qu’après avoir tenté d’organiser un référendum révocatoire, l’opposition a exigé la destitution de Nicolas Maduro. Fin mars, le Tribunal suprême a tenté de son côté de suspendre le parlement. La procédure a été très rapidement annulée, mais a été suivie par l’annonce du projet de nouvelle Constituante, qui devrait à terme remplacer le législatif actuel.

Une décision que l’opposition a utilisée pour jouer son va-tout. L’aile la plus radicale a ainsi lancé un nouveau cycle de violence/répression visant à affaiblir le pouvoir et à «justifier» son renversement. Notamment grâce à la caisse de résonance que donne à son discours une grande partie de la presse internationale. Le gouvernement, lui, ne compte pas fléchir, appelant ses partisans à résister aux «putschistes soutenus par les Etats-Unis».

Une spirale jusqu’au-boutiste qui laisse peu d’espoir de voir émerger une issue politique. Et qui fait surtout craindre une nouvelle flambée de violence autour de l’élection de l’Assemblée constituante.

International Opinions Actualité Édito Gustavo Kuhn

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Crise au Venezuela

vendredi 27 octobre 2017

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