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Balance commerciale

(RE)PENSER L’ÉCONOMIE

La balance commerciale de la Suisse, sans les services, a affiché en 2016 un excédent de plus de 32 milliards de francs. Rappelons que la balance commerciale enregistre les exportations et les importations de marchandises (biens de consommation et d’équipement, matières premières, produits énergétiques, métaux précieux et objets d’art). Un excédent signifie que le pays a vendu davantage de biens à l’étranger qu’il n’en a acheté et un déficit qu’il a plus acheté que vendu. La balance commerciale donne une indication de la compétitivité de l’économie du pays.

Depuis 2002, soit depuis quinze ans, la balance commerciale suisse est excédentaire, en dépit de l’appréciation du franc qui pénalise la vente de produits à l’étranger et impacte notamment des secteurs comme l’horlogerie ou l’industrie des machines. Entre 1990 et 2001, la balance commerciale a été six fois déficitaire et six fois bénéficiaire, mais dans de faibles proportions. Notons que, depuis 2012, la balance commerciale intègre l’or, l’argent et les pièces de monnaie: ce qui explique que, pour cette année, la rubrique des métaux précieux a fait un bon de l’ordre de 900% aussi bien aux importations qu’aux exportations! Cela reflète le rôle de plaque tournante de la Suisse dans le commerce de l’or notamment.

Lorsqu’on examine la part des biens de consommation et d’équipement dans le volume des exportations, nous constatons qu’elle diminue en proportion de l’ensemble, essentiellement en raison de la progression des autres composantes de la balance commerciale. Mais en termes absolus, les biens de consommation et d’équipement, qui représentaient 56 milliards en 1990, sont passés à 92 milliards en 2000 et à 175 milliards en 2016. Même en tenant compte de l’inflation, on s’aperçoit que l’industrie suisse continue à vendre davantage à l’étranger, y compris avec un franc qui s’est apprécié. Cela signifie qu’elle est parvenue à compresser ses coûts et ses marges, à rationaliser ses moyens de production et à développer de nouveaux produits qui lui ont permis de rester compétitive.

Ce bref aperçu de la balance commerciale suisse nous conduit à élargir la discussion autour de la question de la compétitivité des économies dans la concurrence internationale. Il faut tout d’abord noter que la balance commerciale, en traitant les données au niveau des nations, ne dit pas grand-chose de ce qui se passe pour une entreprise transnationale. Une telle entreprise peut se porter très bien tout en ayant son siège dans un pays dont le déficit commercial est élevé. Et ce, même s’il est coutumier d’assimiler succès ou insuccès économique d’un pays avec celui de ses entreprises. Un exemple: la France connaît depuis longtemps un déficit commercial élevé et, pourtant, les quarante plus grandes entreprises qui ont leur siège en France se portent bien car elles produisent aussi ailleurs dans le monde.

La deuxième remarque concerne la nature même de la balance commerciale. Si l’on additionne les déficits et l’on en déduit les excédents des balances commerciales au niveau mondial, le résultat devrait être égal à zéro puisque les déficits des uns sont les excédents des autres. Or ce n’est pas le cas. Cela provient du fait que nombre d’activités économiques illégales ne sont pas répertoriées par les douanes. Prenons l’exemple de la Colombie dont les déficits commerciaux sont anciens et élevés, il est vraisemblable que ce résultat est compensé par les revenus provenant du trafic de drogue.

Par ailleurs, avoir sur de longues durées des déficits commerciaux n’est pas tenable car ceux-ci doivent bien être financés. Historiquement, les pays qui se trouvaient dans ce type de situation utilisaient la dévaluation de leur monnaie pour permettre à leurs produits de redevenir compétitifs vis-à-vis de leurs concurrents et rendre les produits de ces derniers plus chers à l’importation. On voit aujourd’hui que, dans la zone euro, par exemple, la monnaie commune empêche les Etats commercialement déficitaires de jouer sur la dévaluation monétaire. La réponse à ce problème consiste donc à abaisser les coûts de production en comprimant la masse salariale. C’est ce qu’à fait l’Allemagne avec Schroeder en dérégulant le marché du travail, ce qui conduit ce pays à obtenir de forts excédents commerciaux, et c’est ce qu’a commencé à faire la France avec Hollande et Macron.

On le voit, la balance commerciale n’est pas qu’une mesure abstraite, elle a des implications éminemment sociales et politiques.

Opinions Chroniques Bernard Clerc

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lundi 8 janvier 2018

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