ISABELLE STUCKI    

Neuchâtel NEUCHATEL - Quand il s'agit d'entrer dans la discussion politique, les Parlements des Jeunes affirment des positions diverses, qui semblent déranger les adultes. Particulièrement en Ville de Neuchâtel.
Voici peu, les Parlements des Jeunes du canton de Neuchâtel se sont montrés pour le moins divisés quant à leur envie ou non de se positionner sur l'échiquier politique. Tout particulièrement face à la montée de l'Union démocratique du centre (UDC) en terres neuchâteloises. A la suite des votations du 19 octobre dernier qui ont vu l'élection d'un candidat UDC au Conseil national, le Parlement des Jeunes de la Ville de La Chaux-de-Fonds a voté unanimement une résolution[1] s'en prenant directement à la droite dure, à sa politique jugée «xénophobe, ultra-libérale, manipulatrice et anti-démocratique». Au vu de ce succès, le Bureau du Parlement des Jeunes de la Ville de Neuchâtel a souhaité, voici deux semaines, soumettre le même objet à ses délégués. Après 45 minutes d'un débat houleux, l'entrée en matière a été refusée par 14 voix contre 11.
«J'ai été outrée», déclare Laure Grüner, présidente du Parlement neuchâtelois, avant d'ajouter: «Nous finançons régulièrement des projets contre la xénophobie. Mais quand il s'agit de nommer ce contre quoi et ceux contre qui nous luttons, c'est la peur de l'engagement qui l'emporte.» Pour la présidente, il y a encore pire: «Durant tout le débat, les conseillers adultes qui sont là pour nous épauler n'ont pas cessé de prendre la parole. Je pense qu'une partie de l'assemblée a été manipulée.» Tout aussi remonté, David L'Epée, attaché de presse du Parlement, a claqué la porte en dénonçant vivement l'attitude du «groupe conseil», dont l'un des membres a brandi les arguments de l'argent et de l'image du Parlement. «Il se pourrait, si vous prenez position sur ce sujet, que la Ville décide de ne plus renouveler votre budget», aurait argumenté le professeur Manuel Fragnière.


«L'ETHIQUE, PAS LE FRIC!»

Présidente du Parlement des Jeunes de la Ville de La Chaux-de-Fonds, Julie Houriet confirme avoir assisté à un chantage: «J'ai senti que les adultes étaient effrayés à l'idée que les parlementaires neuchâtelois puissent parler véritablement de politique et soient politisés.» La Chaux-de-Fonnière a été frappée par «le peu d'autonomie des neuchâtelois», par «leur peur de ternir leur image et leur faiblesse devant l'argument pécuniaire», alors que, ajoute-t-elle, «à la Tchaux, il a été question d'éthique. Pas de fric!» Elle revendique donc un Parlement des Jeunes tenu de prendre position «et non un Parlement alibi!»
De leur côté, les conseillers nient avoir exercé une quelconque pression. «J'ai simplement rappelé au Parlement qu'il pouvait prendre des positions, mais pas contre un parti précis. Car c'est l'ensemble des couleurs de la Ville qui octroie un budget annuel de 30000 francs au Parlement. Et il ne faut froisser personne», affirme Silvio Castioni, directeur du Service de écoles.
Discours identique du côté de Manuel Fragnière, délégué comme conseiller par le Lycée Denis-de-Rougement, mais également membre du Parti libéral neuchâtelois, qui complète: «Les jeunes sont là pour concrétiser des actions pour les jeunes et non pour faire de la politique. C'est pourquoi certains d'entre eux sont même venus me remercier de mes interventions, car ils se sentaient pris au piège de certains extrémistes de gauche qui militent au sein du Parlement.»


PEUR DES REPRESAILLES...

«Les conseillers nous ont fait réaliser les conséquences que notre décision aurait pu avoir. Et nous voulons garder notre neutralité. D'autant plus que nous ne sommes pas contre l'UDC en bloc», affirme Céline Béguin, déléguée qui s'est opposée à la résolution. Son collègue Yannick Boillod pense de même et affirme que «prendre des positions politiques est un risque. Nous ne voulons pas subir de représailles, mais plutôt agir de manière constructive dans les intérêts de la jeunesse neuchâteloise.»
En réponse, un groupe de jeunes neuchâtelois vient de lancer une pétition demandant au Parlement de revenir sur ses positions. Selon les pétitionnaires, «le Parlement des Jeunes n'a pas répondu aux attentes d'une jeunesse dont il a pour mission de défendre les intérêts». Pour Maëlle Grand-Bossi, première signataire, «le Parlement des Jeunes se doit de réfléchir à la politique anti-sociale de l'UDC, et notamment à ses prises de position qui menacent la formation, et donc la jeunesse.»
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«IL N'Y A PAS D'ACTIVITE APOLITIQUE»

Antoine Chollet est membre du Parlement des Jeunes de La Chaux-de-Fonds. Même s'il n'était pas parmi la délégation chaux-de-fonnière qui s'est rendue à Neuchâtel, ce jeune assistant en Sciences politiques à l'Université de Lausanne apporte son éclairage.

Le Courrier: Les Parlements des Jeunes des Villes de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel paraissent bien différents...
- Antoine Chollet: Oui. Le système chaux-de-fonnier permet à un maximum de jeunes de participer au débat. La formule de Neuchâtel est plus restrictive, puisqu'il faut être délégué au Parlement par une école ou une association. Cette différence structurelle peut expliquer les divergences d'opinion des deux parlements. De plus, à Neuchâtel, les adultes sont beaucoup plus présents pour «conseiller» les jeunes. Voir orienter le débat, comme cela semble avoir été le cas dernièrement. Ce qui est par ailleurs scandaleux.


Faut-il que les Parlements de Jeunes soient apolitiques?
- Créer un Parlement des Jeunes, c'est déjà prendre une position politique, puisque le but est d'introduire des jeunes dans la vie politique. Mais que les jeunes construisent un skate-parc ou prennent une position politique revient au même, la différence n'étant que de degré. Car il n'y a pas d'activité vraiment apolitique.
Et la vision d'un «Parlement de la bonne conscience» auquel on donne de l'argent dans le but qu'il se tienne sage me rebute.


Les Parlements de Jeunes ne doivent donc pas être politiquement corrects?
- On entend souvent dire que si un jeune souhaite s'engager, il lui suffit de rentrer dans les rangs d'un parti politique et que les Parlements de Jeunes n'ont pas à remplir cette fonction, comme si la politique avait une forme d'impureté... Les Parlements de Jeunes ne doivent en tout cas pas être des lieux de simulation servant à créer des parlementaires modèles. Ils doivent plutôt être des lieux de politisation de la jeunesse.
Note : [1] A consulter sur www.pjcdf.ch



Commentaire

Sage comme une image

   ISABELLE STUCKI    

Puisque le Parlement des Jeunes de la Ville de Neuchâtel tient tant à son image, autant se demander à quoi cette dernière ressemble aujourd'hui, alors qu'il a majoritairement refusé de s'engager quant à une résolution montrant du doigt les travers de l'UDC. L'image du Parlement, jusqu'à peu, était celle d'une brave jeunesse, unie et toute de philanthropie vêtue. Les récents événements nous l'ont montrée se repliant gentiment dans sa coquille lorsque l'engagement devait dépasser l'action inoffensive et que le tintement des écus rappelait à l'ordre.
Un Parlement de Jeunes usant de la stratégie de l'autruche conjuguée à celle du hérisson? L'image effraie. Quand, à vingt ans, on se soumet sans broncher aux arguments de l'image et de l'argent, cela pourrait bien être pour la vie. Et quand, si jeune, on fait des courbettes à un conseiller laissant entendre que l'UDC tiendra bientôt les cordons de la bourse en Ville de Neuchâtel, c'est que l'on accepte pleinement que le monde puisse se modeler de la sorte: affligeant, au point que certains membres du Parlement, qui refusent d'entrer dans ce qui apparaît comme une petite école de la politique, ne s'y reconnaissent plus et songent à monter à La Chaux-de-Fonds!
Mais il s'agit surtout de mettre ici en question la parole des «adultes-conseillers». En effet, lorsque nous les avons consultés, tant Silvio Castioni que Manuel Fragnière ont tenu un discours fortement normatif: «Vous comprenez, il ne faut pas, on ne doit pas, ce n'est pas bien de...» Justement, il est incompréhensible que des conseillers se permettent tant d'ingérence dans un débat. Et il est tout aussi surprenant d'entendre Manuel Fragnière déclarer avoir «fait des remarques sous forme de question»! Nous sommes à mille lieues du «rôle-conseil». En effet, voilà ce que la rhétorique peut offrir de plus pervers et de manipulateur. Parce que voilé. Et si les conseillers du Parlement ne prenaient la parole que quand celui-ci la leur donnait, le Parlement pourrait être fier de faire librement ses propres expériences. Quitte à se retrouver sur la paille, plutôt que de se montrer sage comme l'image qui lui est imposée par des mentors songeant plutôt à la leur.



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